Un fardeau croissant pour la région EMRO

Les maladies cardiovasculaires (MCV) constituent aujourd'hui la première cause de décès dans le monde, selon l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Si l'Europe et l'Amérique du Nord ont commencé à enregistrer une stabilisation de leur mortalité cardiovasculaire grâce à des programmes de prévention ambitieux, la situation dans les pays d'Afrique et du monde arabe suit une trajectoire préoccupante à la hausse.

Le Bureau régional OMS pour la Méditerranée orientale (EMRO) — qui couvre 22 pays dont le Maroc, l'Egypte, la Jordanie, le Liban, la Tunisie, l'Algérie et les pays du Golfe — documente une progression rapide des maladies non transmissibles (MNT), dont les MCV sont la composante principale.

Les chiffres clés de l'OMS pour la région

Faits marquants OMS / EMRO :

  • Les MCV causent 17,9 millions de décès par an dans le monde (OMS, 2023), soit 32 % de la mortalité globale.
  • Dans la région EMRO, les MNT (dont MCV) représentent 61 % de l'ensemble des décès.
  • L'hypertension artérielle touche plus de 40 % des adultes dans certains pays de la région.
  • Les deux tiers des décès par MCV dans la région surviennent prématurément, avant 70 ans.
  • Plus de 80 % de ces décès prématurés pourraient être évités par des mesures préventives.

Les pays arabes face au défi cardiovasculaire

Les pays du monde arabe sont engagés dans une transition épidémiologique accélérée. Plusieurs facteurs expliquent cette évolution :

L'urbanisation rapide

Le passage d'une vie rurale à une vie urbaine s'est accompagné de profonds changements dans les modes de vie : sédentarité accrue (voiture, télévision, nouvelles technologies), alimentation westernisée (fast-food, produits transformés, excès de sel et de sucre), et augmentation du stress chronique lié aux contraintes urbaines.

La prévalence élevée des facteurs de risque

Dans les pays arabes, plusieurs facteurs de risque cardiovasculaire atteignent des taux particulièrement élevés :

  • Hypertension artérielle : prévalence de 25 à 40 % selon les pays (OMS EMRO).
  • Diabète de type 2 : la région EMRO est l'une des plus touchées au monde, avec des taux parfois supérieurs à 15 %.
  • Obésité : en forte progression, notamment chez les femmes et les jeunes adultes.
  • Tabagisme : prévalence élevée chez les hommes, avec l'essor de la chicha (narguilé), dont les risques cardiovasculaires sont comparables à ceux de la cigarette.

Le cas particulier du narguilé (chicha)

Dans plusieurs pays du monde arabe, l'usage du narguilé est culturellement ancré et souvent perçu comme moins dangereux que la cigarette. Or les études scientifiques démontrent que une session de narguilé d'une heure équivaut à fumer 100 cigarettes en termes de monoxyde de carbone inhalé, avec des risques cardiovasculaires similaires.

La situation en Afrique subsaharienne

Si le Maroc et les pays du Maghreb sont dans une phase avancée de transition épidémiologique, l'Afrique subsaharienne connaît une évolution plus récente mais très rapide. Les études disponibles montrent :

  • Une prévalence de l'hypertension artérielle parmi les plus élevées au monde (jusqu'à 46 % des adultes dans certaines régions selon l'OMS).
  • Une urbanisation explosive de villes comme Lagos, Kinshasa, Nairobi ou Dakar, sans infrastructure sanitaire proportionnée.
  • Un accès très limité aux médicaments cardiovasculaires et aux examens spécialisés.
  • Une détection tardive : la plupart des patients sont diagnostiqués au stade de complication (AVC, insuffisance rénale, insuffisance cardiaque).

Les recommandations de l'OMS pour la région

Face à cette situation, l'OMS et la Fédération Mondiale du Cœur (World Heart Federation) préconisent plusieurs axes d'action :

Au niveau individuel

  1. Mesure régulière de la tension artérielle, même sans symptôme.
  2. Adoption d'une alimentation saine : régime de type méditerranéen ou africain traditionnel (légumineuses, légumes, huile d'olive).
  3. 30 minutes d'activité physique modérée par jour, 5 jours par semaine.
  4. Arrêt total du tabac et du narguilé.
  5. Contrôle du poids et de la glycémie.

Au niveau des systèmes de santé

  • Intégration du dépistage cardiovasculaire dans les soins primaires.
  • Accès facilité aux médicaments essentiels (antihypertenseurs, statines, aspirine).
  • Formation des professionnels de santé à la gestion des MCV en ressources limitées.
  • Politiques de santé publique : taxation du tabac, réduction du sel dans les aliments transformés.

Le Maroc : un modèle à consolider

Le Maroc a réalisé des progrès significatifs dans la structuration de sa réponse aux MCV, notamment grâce à :

  • L'essor de la cardiologie d'intervention dans les grands centres hospitaliers (CHU Ibn Sina à Rabat, CHU Ibn Rochd à Casablanca).
  • Le développement de la Société Marocaine de Cardiologie (SMC) comme force de référencement scientifique.
  • Des programmes de sensibilisation à l'HTA et au diabète portés par le Ministère de la Santé.

Cependant, l'accès à la cardiologie de proximité reste un défi dans de nombreuses régions. C'est dans ce contexte que des cabinets spécialisés comme celui du Dr Badria Agharbi à Témara jouent un rôle de premier plan : offrir un suivi cardiovasculaire complet — ECG, échocardiographie, Holter, MAPA, épreuve d'effort — à proximité des populations de la région Rabat-Salé-Kénitra.

À retenir : les données OMS le confirment — la grande majorité des maladies cardiovasculaires peut être prévenue ou retardée grâce à une prise en charge précoce et des habitudes de vie adaptées. Consultez votre cardiologue régulièrement, même en l'absence de symptômes.